L'IA au travail : les Québécois foncent, leurs employeurs traînent
Les chiffres qui devraient réveiller les directions
52 % des Québécois utilisent maintenant l'intelligence artificielle générative. Il y a un an, ce chiffre était de 33 %. Une progression de près de 20 points en douze mois.
Parmi ces utilisateurs, 46 % s'en servent dans le cadre de leur travail. ChatGPT, Claude, Copilot : ces outils font désormais partie du quotidien professionnel de près d'un travailleur québécois sur deux.
Ces données proviennent du rapport NETendances 2025 de l'Académie de la transformation numérique de l'Université Laval, publié en mars dernier auprès de 993 internautes québécois.
Le problème : des employés livrés à eux-mêmes
Voici où ça se complique. Dans ces mêmes milieux de travail où l'IA prolifère, plus d'un travailleur sur deux évolue sans encadrement clair :
- 21 % rapportent que leur employeur n'a pas de position officielle sur l'IA
- 32 % ne savent tout simplement pas quelle est la position de leur organisation
Autrement dit, 53 % des travailleurs québécois qui utilisent l'IA au bureau le font sans balises, sans politique, sans formation structurée. Ils naviguent à l'aveugle.
Ce que le terrain confirme
Ces statistiques correspondent à ce qu'on observe directement auprès des PME et OBNL du Grand Montréal et d'ailleurs au Québec. Le constat est récurrent : ce ne sont pas les employés qui tardent à adopter l'IA. Souvent, plus de 70 % l'utilisent déjà, parfois depuis plus d'un an.
Ce sont les organisations qui tardent à l'encadrer.
Et pendant ce temps, les équipes improvisent. Elles copient-collent des données clients dans ChatGPT. Elles rédigent des courriels sensibles avec des outils gratuits. Elles prennent des décisions basées sur des réponses générées sans vérification.
Sans politique claire, impossible de savoir :
- Quelles informations peuvent être partagées avec ces outils
- Quels usages sont acceptables ou non
- Comment vérifier et valider les résultats générés
- Qui est responsable en cas d'erreur ou de fuite de données
Les attentes des Québécois envers les organisations
Le rapport NETendances révèle aussi que les citoyens ont des attentes précises envers les entreprises qui déploient l'IA :
- 57 % estiment qu'une supervision humaine systématique des décisions prises par l'IA est nécessaire
- 58 % s'attendent à ce que les entreprises les avertissent lorsqu'elles utilisent l'IA
Ces chiffres traduisent une demande de transparence et de responsabilité. Les Québécois ne rejettent pas l'IA. Ils veulent savoir quand elle intervient et s'assurer qu'un humain reste aux commandes.
Le fossé de gouvernance : là où les risques s'accumulent
L'écart entre l'adoption sur le terrain et la gouvernance organisationnelle crée une zone grise dangereuse. C'est précisément dans cet espace que les risques s'accumulent :
Risques de confidentialité : des données sensibles (informations clients, stratégies internes, données financières) peuvent être transmises à des plateformes externes sans contrôle.
Risques de qualité : sans processus de validation, des contenus erronés ou des analyses biaisées peuvent influencer des décisions d'affaires.
Risques juridiques : l'utilisation d'IA pour générer du contenu soulève des questions de propriété intellectuelle et de conformité réglementaire.
Risques réputationnels : une erreur publique liée à l'IA peut affecter la crédibilité d'une organisation auprès de ses clients et partenaires.
Trois actions concrètes pour les organisations québécoises
La bonne nouvelle : les organisations ont encore le temps d'agir. Voici trois chantiers prioritaires.
1. Établir une politique d'utilisation claire
Pas besoin d'un document de 50 pages. Une politique efficace répond à quelques questions fondamentales :
- Quels outils d'IA sont approuvés pour un usage professionnel?
- Quels types de données peuvent (ou ne peuvent pas) être soumis à ces outils?
- Quels usages sont encouragés, tolérés ou interdits?
- Comment documenter et valider les résultats générés par l'IA?
Cette politique doit être accessible, compréhensible et communiquée à l'ensemble des équipes.
2. Former les équipes, pas seulement les sensibiliser
Une présentation PowerPoint de 30 minutes ne suffit pas. Les employés ont besoin de formations pratiques adaptées à leurs fonctions réelles.
Un gestionnaire de projet n'utilise pas l'IA de la même façon qu'un rédacteur ou qu'un analyste financier. Les formations doivent refléter ces réalités terrain.
3. Désigner des responsables et des processus
Qui valide les usages émergents de l'IA dans l'organisation? Qui répond aux questions des employés? Qui surveille les évolutions réglementaires?
Sans responsabilité claire, la gouvernance reste théorique. Un comité ou un responsable identifié permet de centraliser les décisions et d'assurer une cohérence organisationnelle.
Le contexte québécois : des particularités à considérer
Les organisations québécoises font face à des considérations spécifiques. La Loi 25 sur la protection des renseignements personnels impose des obligations strictes en matière de collecte et de traitement des données. L'utilisation d'outils d'IA externes doit s'inscrire dans ce cadre légal.
Par ailleurs, les PME et OBNL qui constituent le tissu économique du Québec disposent souvent de ressources limitées pour structurer une gouvernance IA complète. Des approches pragmatiques et progressives sont généralement plus réalistes qu'un déploiement exhaustif d'un coup.
Agir maintenant ou subir plus tard
Le rapport NETendances 2025 pose un diagnostic clair : l'adoption de l'IA générative au Québec est massive et rapide. La gouvernance organisationnelle, elle, accuse un retard significatif.
Ce décalage n'est pas une fatalité. Les organisations qui structurent leur approche dès maintenant se positionnent pour tirer parti de ces outils tout en maîtrisant les risques associés.
Celles qui attendent accumulent une dette de gouvernance qui sera plus coûteuse à résorber demain qu'aujourd'hui.
Le choix appartient aux directions. Mais le temps, lui, ne s'arrête pas.
Passez de la réflexion à l'action
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Questions fréquemment posées
Quel pourcentage de travailleurs québécois utilise l'IA sans encadrement de leur employeur?
Selon le rapport NETendances 2025, 53 % des travailleurs québécois qui utilisent l'IA au bureau le font sans balises claires. Plus précisément, 21 % rapportent que leur employeur n'a pas de position officielle et 32 % ignorent quelle est la position de leur organisation.
Quels sont les principaux risques lorsqu'une organisation n'encadre pas l'utilisation de l'IA?
Les risques majeurs incluent les fuites de données confidentielles vers des plateformes externes, des erreurs de qualité dans le travail produit faute de processus de validation, et des problèmes de responsabilité légale en cas d'incident. Les employés peuvent aussi partager involontairement des informations sensibles comme des données clients ou des stratégies internes.
Qu'attendent les Québécois des entreprises qui utilisent l'intelligence artificielle?
Les citoyens québécois demandent de la transparence et une supervision humaine. Selon le rapport, 57 % estiment qu'une supervision humaine des décisions prises par l'IA est nécessaire, et 58 % veulent être avertis lorsqu'une entreprise utilise l'IA dans ses interactions avec eux.
Pourquoi les PME québécoises tardent-elles à encadrer l'utilisation de l'IA alors que leurs employés l'adoptent rapidement?
Le phénomène observé sur le terrain montre que ce ne sont pas les employés qui résistent, mais les directions qui peinent à suivre le rythme. Souvent plus de 70 % des équipes utilisent déjà l'IA, parfois depuis plus d'un an, pendant que l'organisation n'a toujours pas défini de politique claire ni offert de formation structurée.
Quels éléments devrait inclure une politique d'utilisation de l'IA en entreprise?
Une politique efficace devrait préciser quelles informations peuvent être partagées avec les outils d'IA, quels usages sont acceptables, comment vérifier et valider les résultats générés, et qui est responsable en cas d'erreur ou de fuite de données. Ces balises permettent aux équipes de travailler de façon sécuritaire et cohérente.
Comment une PME peut-elle commencer à structurer son approche de l'IA?
La première étape consiste à dresser un portrait de l'utilisation actuelle de l'IA dans l'organisation et à identifier les risques prioritaires. Ensuite, l'entreprise peut établir des lignes directrices simples et offrir une formation de base aux équipes. Des firmes comme extensio.ai accompagnent les PME québécoises dans cette démarche de gouvernance et d'adoption responsable.


